L’urgence écologique a fait son chemin et les questions que posent les citoyens en colères sont, entre autres, les suivantes :

- où iraient les milliards d’euros de taxe sur les carburants censés financer la transition écologique ? Maintenant que cette taxe a été ajournée, pourquoi nous annonce-t-on une perte de 4 milliards pour le budget de l’Etat français, pas pour la planète ?

- pourquoi, en violation du principe pollueur –payeur, les gros pollueurs que sont les avions et les bateaux sont-ils exonérés de ces taxes, qui frappent les véhicules terrestres ?

- avant de créer de nouvelles taxes, pourquoi n’avoir toujours pas procédé, comme l’exigent la loi et la Cour des comptes, à l’évaluation de l’efficacité des multiples taxes environnementales créées depuis 20 ans en France ? (ex : redevance sur l’eau, la taxe générale sur les activités polluantes ou TGAP… etc)

- comment croire en la sincérité du gouvernement français dans sa soudaine conversion à l’écologie, quand il valide des forages pétroliers et le projet minier « Montagne d’or » en Guyane, ou confirme un avantage fiscal pour les biocarburants à base d'huile de palme ?

Outre le sentiment d’injustice, ce qui prévaut chez les citoyens c’est l’impression d’être bernés, à la fois matraqués et trompés sur l’usage et l’utilité d’une taxe de plus.

C’est dommage que, depuis plus de trente ans, on n’ait pas voulu entendre les cris des écologistes annonçant les conséquences malheureusement funestes de notre boulimie de consommation et de l’addiction des gouvernants à la croissance. Pas plus n’a-t-on entendu nos appels à la sensibilisation et à formation à la conversion écologique.

Aujourd’hui foin de démagogie !

Faute d’y avoir été préparés, la mutation risque d’être socialement douloureuse pour tous. La raréfaction et l’enchérissement des sources d’énergie fossiles ainsi que l’obligation qui pèse sur les nations de réduire les émissions de gaz à effet de serre auront fatalement un coût. Et l’addition sera amère, tout particulièrement pour les classes déjà défavorisées. Quant aux collectivités locales, qui spéculent encore sur les taxes assises sur la consommation de carburants, elles devraient voir cette recette se réduire inexorablement.

Faut-il pour autant se résigner et attendre le pire, qui est annoncé par le GIEC (groupement intergouvernemental pour l’étude du climat) ?

Certes, la fiscalité est un des outils qui doivent être utilisés pour concourir aux nécessaires changements de comportements. Mais ce n’est pas tout !

La fiscalité écologique, aussi nommée fiscalité environnementale ou éco-fiscalité, est une forme de fiscalité qui vise clairement, par un signal-prix, (et non directement par une norme ou loi contraignante) à protéger l'environnement et les ressources naturelles en limitant leur dégradation et surexploitation. Comme toute fiscalité, elle peut avoir ou rechercher des effets directs et/ou indirects sur les modes de production via les « choix » de consommation. Elle est en quelque sorte positionnée entre la norme/loi et l'approche volontaire. Il existe en France un véritable maquis de taxes, de redevances et exonérations fiscales visant, en principe, à favoriser l'environnement.

La première redevance à but environnemental nait avec la Loi sur l'eau de 1964. Cette redevance est censée permettre à l’Office de l’Eau de financer des actions en faveur de la protection de la ressource en eau. La crise prolongée de l’eau que nous traversons ici en Guadeloupe, île aux belles eaux, en dit long sur l’usage détourné qui a été fait de cette redevance.

D'autres taxes ou redevances à motifs plus ou moins explicitement environnementaux ont ensuite porté sur l'énergie, les transports, les déchets et la pollution de l’air. En 1999 naît la TGAP, également sur le principe pollueur-payeur. Mais là non plus, le produit de la TGAP n'a jamais été explicitement affecté à l'environnement. Plutôt que l’écologie punitive, nous croyons en une écologie joyeuse, fondée sur la justice, l’équité, la sobriété et l’innovation. La transition écologique mérite des politiques publiques volontaristes et non seulement répressives. Exemples :

- décréter la gratuité des transports publics aux heures de pointe, car sans politiques de transports publics efficientes, la population n’a d’autres choix que de subir les augmentations de taxes, sans pouvoir bénéficier de réelles alternatives qui lui permettraient de réduire son impact environnemental ;

- subventionner des actions et investissements d'intérêt environnemental (ex : économie d'énergie, achat de véhicules propres, mise en œuvre d’énergies renouvelables, économie de services, le recyclage etc);

- Concevoir l’aménagement du territoire et la réorganisation socio-économique vers un mode de gestion plus rationnel des ressources énergétiques (moins de déplacements inutiles, mobilité douce, chasse au gaspillage de l’énergie)

C’est par cela qu’il faudrait commencer. La réforme fiscale prônée par les écologistes depuis tantôt ne doit pas être introduite brutalement, pour éviter un choc socio-économique. La crise écologique et la réduction des inégalités sociales sont deux enjeux d’une même acuité. Ils doivent être traités urgemment et simultanément, pour ne pas provoquer une confrontation entre défenseurs des droits sociaux et défenseurs de l’environnement.

Le souci de l'environnement n'est pas une affaire de clivage entre gauche et droite, ou entre classes sociales, mais un défi qui nous concerne tous.

Transcendant tout clivage, le REV entend proposer une transformation profonde, considérant que l’écologie est émancipatrice, en ce qu’elle nous affranchit des chaînes de la consommation, qu’elle prône la participation citoyenne, le rapprochement entre gouvernants et gouvernés, les circuits courts excluant toute dépendance à l’importation…etc

Le REV propose une réorientation de l'économie sur de nouvelles valeurs: intégration des limites de la nature, prise en compte du pic des ressources, mise en avant du bien-être plutôt que de la croissance. La cohésion sociale serait mieux assurée si les habitants consommaient moins et s'ils consacraient plus de temps à leur famille, à leurs amis, à encadrer et animer les clubs, les associations, à travailler pour la société, à entretenir leur santé mentale et physique, notamment en profitant de la nature.

Le REV suggère d'intégrer les contributions non marchandes à l'économie par des indicateurs, comme l'indice du développement humain des Nations unies, l'indice de bien-être économique durable, ou l'indicateur de progrès véritable l’IPV plutôt que le PIB.

L’écologie joyeuse pour laquelle nous militons serait ainsi objectivement mesurable

Assemblée générale du REV le samedi 8/12/18,

Harry J. DURIMEL

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